Cycle "Enfants perdus": Le Petit Fugitif, un film de Morris Engel et Ray Ashley (1953)

Mercredi 1er octobre 2014, 14h30, pour le Secondaire et le Primaire

affiche petit fugitif

Alors que leur mère est partie au chevet de leur grand-mère souffrante, Joey, un garçon de 7 ans, se retrouve sous la surveillance de son frère aîné Lennie dans le Brooklyn des années 1950. Déçu de devoir ainsi annuler une sortie à Coney Island prévue avec ses amis, Lennie invente avec eux un stratagème pour que Joey s’imagine avoir tué son frère d’un coup de fusil en réalité inoffensif. Choqué, Joey s’enfuit, saute dans le premier métro, et se retrouve à Coney Island où il errera durant tout le week-end, s’amusant dans les diverses attractions, tandis que Lennie tente de le retrouver avant le retour de leur mère.

Le Petit Fugitif a été filmé de façon quasi documentaire avec très peu de moyens : le budget, financé par souscription, est d’environ 30 000 dollars, dont 5 000 avancés par les auteurs du film, le reste étant apporté par un producteur indépendant. Une caméra portative 35 mm fut spécialement conçue par un ami, Charles Woodruff, afin de pouvoir filmer l’enfant parmi les badauds sans que ceux-ci ne s’en rendent compte, offrant ainsi un gage d’authenticité à l’œuvre. Woodruff aura mis un an à construire cette caméra quasi expérimentale, munie notamment d’un système optique à deux objectifs. L’invention intéressa le réalisateur Jean-Luc Godard qui dépêcha son collègue Raoul Coutard à New York pour en savoir plus, mais ne parvint pas à l’acquérir.

En 1997, Le Petit Fugitif a été inscrit au National Film Registry aux côtés d’autres classiques tels que Fenêtre sur cour, Le Grand Sommeil, Le Dictateur, West Side Story ou Mean Streets.

Tourné en 1953 en décors réels, avec des acteurs amateurs et une caméra discrète placée au milieu d’une foule inconsciente de prendre part à un tournage, Le Petit Fugitif, malgré son histoire somme toute simpliste, ne néglige pas pour autant la qualité visuelle des plans (la présence de photographes confirmés derrière l’objectif n’y est pas étrangère) et porte un regard bienveillant sur une enfance insouciante dans un univers de fête.

François Truffaut, qui réalisera six ans plus tard Les Quatre Cents Coups, autre film sur l’enfance initiateur de la Nouvelle Vague, déclarera à propos du Petit Fugitif : « Notre Nouvelle Vague n’aurait jamais eu lieu si le jeune Américain Morris Engel ne nous avait pas montré la voie de la production indépendante avec son beau film, Le Petit Fugitif ». Jean-Luc Godard s’inspirera lui aussi, pour le tournage d’ À bout de souffle, des techniques de tournage mises au point par Engel.

Le Petit Fugitif est considéré comme un film charnière dans l’histoire du cinéma. L’universitaire Alain Bergala le qualifiera même de « chaînon manquant du cinéma moderne », entre le néoréalisme italien et la Nouvelle Vague française.

(source: Wikipédia)