Cycle "Privés de parole": L’Enfant sauvage, un film de François Truffaut (1970)

mercredi 19 novembre 2014, 14h30, pour le secondaire et le primaire

 

“Cette histoire est authentique, elle commence dans une forêt française un jour de l’été 1798”. Une paysanne qui ramassait des champignons est effrayée par une créature dans les bois. Elle ramène trois chasseurs avec des chiens qui traquent l’enfant sauvage, finalement capturé dans un sac.

A Paris, Le docteur Jean Itard découvre l’histoire de la capture de l’enfant sauvage. Il aimerait le faire venir à Paris afin de déterminer le degré d’intelligence et la nature des idées d’un adolescent privé dès son enfance de toute éducation pour avoir vécu entièrement séparé des individus de son espèce.

Dans l’Aveyron, l’enfant sauvage cherche à s’échapper de la grange où il est attaché. Il est maltraité par les villageois pour qui il est une bête de foire. Un vieil homme prend toutefois soin du “sauvage de l’Aveyron” comme tout Paris désormais le nomme. La curiosité est à son comble et les citoyens Cuvier et Sicard ont obtenus du ministère de l’intérieur de le transférer à Paris.

Itard et le professeur Pinel, le célèbre aliéniste, l’attendent dans l’institution des sourds muets de la capitale. Ils concluent que l’enfant a probablement été abandonné à l’âge de trois ou quatre ans et laissé pour mort, car son cou avait été tranché. La plaie avait cependant cicatrisé.

Mais l’enfant ne s’adapte pas dans l’institution des sourds muets, où il est rejeté par les autres pensionnaires. Pinel est découragé. Il pense que l’enfant a été abandonné parce qu’il était idiot, qu’il est rebelle à toute éducation. Itard est d’un avis tout autre. Même si l’enfant est encore proche d’un animal, on doit s’occuper de lui et essayer de l’éduquer. Il n’est pas anormal parce qu’idiot mais anormal parce qu’isolé. Avec beaucoup de patience et de soins, il peut devenir un jeune garçon presque comme les autres.

Itard obtient que l’administration lui confie la garde de l’enfant pour l’éduquer chez lui, où sa gouvernante, Mme Guérin, s’occupe de lui. Ils lui donnent le nom de Victor. Pendant neuf mois, Itard se livre quotidiennement à un véritable combat pour tenter de faire de cet être inférieur à bien des animaux un enfant qui donnera, petit à petit, des signes d’affection, d’intelligence et de sensibilité…

L’enfant sauvage est le film des premières fois. Cet enfant a grandi à l’écart de la civilisation, si bien que tout ce qu’il fait dans le film, il le fait pour la première fois. C’est aussi la première fois que Truffaut (dans le rôle du docteur Itard) joue dans un de ses films, marquant un renversement dans le jeu des identifications :

“Jusqu’à L’Enfant sauvage, quand j’avais eu des enfants dans mes films, je m’identifiais à eux et là, pour la première fois, je mes suis identifié à l’adulte, au père.”

Ainsi, alors que Les 400 coups étaient dédié à Bazin dont Truffaut fut “l’enfant sauvage”, ce film est dédié à Jean-Pierre Léaud ; hommage de Truffaut à son acteur favori dont il fut, comme Itard pour Victor, le pédagogue :

“Pendant que je tournais le film, je revivais un peu le tournage des 400 coups pendant lequel, j’initiais Jean-Pierre Léaud au cinéma”.

Ce film marque également la première collaboration entre Truffaut et Nestor Almendros qui travaillera sur huit autres films du cinéaste. Dans son livre, L’Homme à la caméra, Almendros souligne que L’Enfant sauvage est un hommage à la photo des films muets. Chaque image de L’Enfant sauvage reflète la beauté de ce premier regard du cinéma sur le monde…

(source: Allociné)