Cycle "Soucoupes volantes": Le Jour où la Terre s’arrêta, un film de Robert Wise (1951)

mercredi 22 octobre 2014, 14h30, pour le secondaire et le primaire

 

Un engin extraterrestre de forme discoïde fait sensation en atterrissant en plein centre de Washington. Il est immédiatement entouré d’un cordon militaire et d’une foule de badauds. Le pilote, Klaatu, sort et annonce qu’il vient en paix. Mais un soldat perd son sang froid, tire et le blesse au bras…

(source: Wikipédia )

Film de science fiction-sorti en 1951, Le Jour où la Terre s’arrêta est bien un OVNI dans la production cinématographique de son époque. Alors qu’en pleine « Peur rouge » de nombreux films mettent en scène le danger que représente l’Autre (La Guerre des mondes de Byron Haskin en 1953, ou encore L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel en 1956), Wise propose une démarche inverse. Le danger y est l’Homme tandis que son voisin de l’espace est pacifique et vient pour le raisonner. Klaatu arrive dans un contexte de Guerre froide, et son message est clair : mettre en garde la Terre face à l’usage du nucléaire. Si la Terre développe l’arme atomique, elle menace l’équilibre de l’univers et les planètes voisines n’hésiteront pas un instant à la supprimer. Quel que soit l’intelligence du propos, c’est bien la façon dont Wise nous le présente qui fait la réussite du film. Rapidement, Klaatu échappe aux autorités et abandonne son nom pour celui de Carpenter, devenant un Homme parmi tant d’autres. Wise ne filme plus l’extraterrestre mais l’homme incompris, perdu au milieu de ceux qui, en apparence, sont ses semblables. Son seul réconfort, il le trouve dans son rapport avec certains être humains : en premier Bobby, fils de la famille qui l’héberge, puis sa mère. Pour un temps, la nef astrale gardera ses mystères puisque c’est Washington que nous sillonnerons, suivant les pas du touriste Carpenter. À l’instar du nigaud campé par James Stewart dans Monsieur Smith au Sénat (Frank Capra, 1939), il visite quelques-uns des plus grands monuments de la capitale américaine, fasciné par la grandeur passée de l’Homme.

C’est dans ce cadre réaliste et avec une grande parcimonie que le cinéaste fait resurgir les aptitudes exceptionnelles de l’extraterrestre. Sa faculté à déverrouiller les portes ou à résoudre les équations mathématiques les plus poussées, sont autant de prouesses suggérant les capacités sans limites de Carpenter. Robert Wise laissant au spectateur le soin d’imaginer l’étendue du pouvoir de cet être-là alors qu’il pourrait être tenté de nous épater et de trop en montrer. Cette économie visuelle se retrouve dans l’épisode de l’arrêt de la Terre, point culminant du film. Si le monde est divisé et que personne ne semble prêt à écouter ce message venu d’ailleurs, Carpenter décide d’attirer l’attention sur lui en mettant la Terre sur pause. Usines, voitures, locomotives… il stoppe – on ne sait comment – toute activité terrestre. L’idée est simple mais très efficace, et ne requerra l’utilisation d’aucuns effets spéciaux. Ce qui explique sans doute que la scène passe complètement à la trappe dans l’éponyme remake écologique du film que réalisa en 2008 Scott Derrickson. 

Les choix de Wise ont le mérite de ne pas détourner notre regard du propos du film et sa morale humaniste s’en trouve renforcée. Cet alien veut notre bien, y compris quand il fait la démonstration de sa toute-puissance. Quant à la violence, elle est l’apanage de l’Homme, chose que Klaatu va apprendre à ses dépends. Alors que son identité est sur le point d’être révélée, et que même ses premiers alliés se questionnent sur la nature de ses desseins, le final du film met en place un suspense : le messager arrivera-t-il à se faire entendre ? Tué par l’armée, puis ressuscité temporairement (énième image messianique), Klaatu peut enfin s’exprimer : « Si vous menacez d’être un danger pour les autres, cette terre qui vous abrite sera réduite en un monceau de cendres. Votre choix est simple, vous joindre à nous et vivre en paix, ou poursuivre votre action néfaste et à jamais disparaître. Votre avenir ne dépend que de vous, nous attendons votre décision ». Ce final est à l’image de l’œuvre : très pessimiste quant à la nature de l’Homme. C’est bien une fois libéré de toute contrainte humaine, revenu d’entre les morts, que Klaatu sera finalement entendu. On retrouvera cette même résignation quelques années plus tard chez Akira Kurosawa, quand le seul personnage lucide face au péril atomique de Vivre dans la peur (1955) sera diagnostiqué fou et interné en asile psychiatrique.

(source: Matthieu Alloin)