Cycle "Westerns de l’année 1955": L’Homme de la plaine, un film d’Anthony Mann

mercredi 28 janvier 2015, 14h10, pour le secondaire et le primaire

“De Winchester 73 (1950) à L’homme de l’Ouest (1958) en passant par cet Homme de la plaine (1955), Mann n’a de cesse de tourner des oeuvres classiques dans le bon sens du terme. Attentif aux splendeurs de la nature, il se sert de la magnificence du Technicolor pour faire de ses films une explosion de couleurs vives et chatoyantes. Totalement subjugué par les décors naturels américains, Mann signe une série de westerns qui tranchent sérieusement avec la production courante (…)

Servi par une écriture tout en finesse, L’homme de la plaine utilise un prétexte qui colle au genre – la vengeance – et en détourne un à un tous les codes. Ainsi, le gentil, incarné par un James Stewart visiblement fatigué, ne fait que subir l’action au lieu de la provoquer. Le jeu de l’acteur, sobre et évocateur à la fois, nous en dit long sur le dégoût qu’éprouve son personnage envers toute forme de violence gratuite. Mais le plus étonnant vient du traitement des méchants, ces odieux propriétaires terriens qui possèdent des villes entières à leur merci. Loin des habituels clichés, Mann en fait des êtres humains qui aiment, souffrent en secret et non pas de simples caricatures. Décrivant avec justesse cet Ouest encore sauvage où la violence est quotidienne, le cinéaste se démarque de ses confrères en laissant la plupart du temps les colts au placard (le seul véritable duel a lieu entre un vieil homme aveugle et le héros blessé à la main, ce qui peut se lire comme un pastiche de ce passage obligé). Plus proche de la tragédie que du pur film d’action, L’homme de la plaine (1955) ausculte avec sensibilité les travers d’une société américaine en plein essor, tout en contant une histoire familiale plutôt touchante. Classique sur le plan formel, ce western contemplatif et introspectif renouvelle un genre qui commençait sérieusement à tourner en rond dans les années 50 en lui donnant une profondeur humaine et psychologique plutôt rare à l’époque.”

(d’après Virgile Dumez)